Monte-Carlo et les Porte-Bonheur

S’il est un lieu où la chance est ce qu’il y a de plus précieux, c’est bien dans un casino… Au Casino de Monte-Carlo comme ailleurs, la chance n’est pas toujours là. C’est pourquoi, depuis 150 ans, les joueurs rivalisent d’inventivité pour influer sur le cours des choses…

La statue équestre de l’Hôtel de Paris

Quand on pousse la lourde porte tournante de l’Hôtel de Paris, une splendide statue équestre en bronze fait face au visiteur. Elle représente Louis XIV et elle présente une étrange particularité. Le genou droit du cheval présente une usure anormale dont la cause est bien insolite. Depuis plus d’un siècle, une légende locale prétend que le fait de toucher le genou du cheval porte chance au jeu. C’est pourquoi les joueurs qui quittent l’hôtel pour se rendre au Casino de Monte-Carlo situé quelques mètres en face de l’hôtel, veillent à accomplir cet étrange rituel…

On trouve tout dans le sac à main des femmes…

L’écrivain anglais Adolphe Smith raconte qu’il s’était installé aux tables de jeu du Casino de Monte-Carlo aux côté d’une femme particulièrement chanceuse. La félicitant pour sa chance, elle ouvrit son sac et lui proposa de regarder à l’intérieur. Il vit des pièces d’argent semblables à celles que la femme mettait sur le tapis ainsi qu’une étrange masse grise et visqueuse. Demandant à la femme de quoi il s’agissait, elle répondit avec naturel qu’il s’agissait d’un cœur de chauve-souris. Elle raconta qu’elle avait demandé à un employé de l’hôtel de lui amener une des chauves-souris qui nichait dans un dépôt voisin et qu’elle en retira le cœur elle-même. Elle prétendait que toute pièce d’argent en contact avec ce cœur lui portait chance au jeu. Smith tenta sa chance avec une pièce d’or, sans succès. La dame prétendit que tout cela était bien normal : les chauves-souris sont des animaux de lune, comme l’argent. Mais l’or est un métal solaire sur lequel les chauves-souris n’ont aucun pouvoir…

Ite missa est

L’Eglise et le jeu n’ont jamais fait très bon ménage. L’Eglise a toujours vu dans le jeu d’agent une enfreinte à la règle biblique selon laquelle chacun doit gagner sa vie à la sueur de son front. Et qu’est-ce donc que ces joueurs qui, en s’en remettant au hasard, défient ainsi la volonté divine ?..

Le Révérend Taylor, pasteur de l’Eglise anglicane de Monaco, s’étonnait, au début du XXème siècle, de l’affluence à ses messes. Connaissant bien Monte-Carlo, il alla chercher l’explication du côté du casino, pour apprendre qu’un joueur, se rendant au casino après avoir assisté à la messe où fut chantée le cantique n° 36, mise sur ce nombre à la roulette et gagna. La nouvelle se répandit comme une trainée de poudre, si bien que les fidèles se pressaient à la messe pour miser ensuite sur le numéro du cantique chanté à la messe, y voyant là un signe potentiel du destin…

Le Révérend, mécontent que l’Eglise puisse être mêlée à d’aussi vils desseins, décida alors, puisque la roulette ne compte que 36 numéros, de ne plus faire chanter de cantiques dont le chiffre était inférieur à 37 !

Les messes du Révérend Taylor retrouvèrent alors une affluence plus normale…

Encore aujourd’hui…

Dans les palaces, la règle absolue est la discrétion totale du personnel et la confidentialité absolue de ce qui s’y passe et de ce qui s’y voit. Aussi, il faut de longues années de « prescription » avant qu’un palace ne dévoile les anecdotes qui témoignent des habitudes ou des lubies de ses clients. Mais aujourd’hui encore, il suffit d’interroger femmes de chambres ou gouvernantes des palaces monégasques pour se rendre compte que la superstition des clients du Casino de Monte-Carlo est toujours bien vivace ! Bien sûr, nul n’obtiendra de noms, fussent-ils parmi les plus connus de la planète. Mais les joueurs continuent à faire fi de Descartes : celui-ci ne voudra en aucun cas être logé dans une chambre dont le numéro lui porte la poisse, celui-là refusera une chambre tendue de vert, un autre exigera que soit placé un kilo de gros sel sous son lit, gage de sa chance aux tables de jeu…

La superstition n’est pas une affaire d’époque, elle est intemporelle et fait corps avec l’âme des jeux de casino.

Lobby de l'Hôtel de Paris et la statue de Louis XIV portant chance
Lobby de l'Hôtel de Paris et la statue de Louis XIV portant chance
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